Les Frontières Invisibles

par Isabella Sassi Farìas

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"Traverser la frontière, c’est assumer le risque de s’aventurer dans un continent étranger, de faire face à un horizon différent, de se surprendre auprès de nouveaux visages et de se découvrir sans foyer, sans identité et pour le moins, se remettre en question." [1]. Michel Foucher

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Le projet les frontières invisibles / movimenti di confine est une recherche visuelle visant à s’interroger sur les lieux situés aux abords des frontières et présente un intérêt particulier pour l’espace public et ses limites. La première étape de ce projet a été réalisée en 2004 à la frontière entre l’Italie et la Slovénie. La phase suivante est constituée d’images plus récentes prises à la frontière entre l’Italie et la Suisse et focalise principalement son attention sur les lieux caractérisés par le passage et le stationnement des marchandises.

A partir de certains propos architecturaux traitants du thème des frontières comprises comme « capteur des dynamiques du monde contemporain » [2], la frontière ou, plus précisément, « les lieux situés aux abords des frontières » [3] suscitent curiosité et interrogations. En effet, ces lieux constituent un territoire caractéristique en tant qu’espace de connexion où l’on perçoit tangiblement la présence des flux économiques qui s’opèrent à l’échelle mondiale.

Les photographies s’attardent alors sur le déplacement des marchandises et des personnes qui transitent de part et d’autre en Europe. « Le photographe est un observateur qui rend visible la réalité » que toute personne n’est pas toujours « en mesure de voir » [4]. Il interpelle ainsi le territoire « en refusant de considérer la photographie uniquement comme proposition formelle et ornementale » mais plutôt comme instrument de recherche des « limites d’une conception ordinaire du paysage » [5]. C’est précisément en marge des villes et aux abords des frontières que se concentre son « attention méthodique destinée à reconnaître les différences » [6] d’une vision photographique ayant pour objectif de réfléchir et de se réapproprier « un sens particulier de l’espace entre les choses » ; ceci permet de définir « notre rôle de spectateur et d’usager » [7]. Il est toujours plus évident que « l’interdépendance mondiale, contrairement à ce que l’on croit, n’aboli pas les distances mais détermine leur configuration sur la base des paramètres d’accès : elle rapproche et exclue en même temps » [8]. Nous nous retrouvons face au paradoxe d’une globalisation qui semble abolir les frontières uniquement dans les domaines de l’ information, des marchandises et de l’argent mais pas des personnes.

Le flux des marchandises et des personnes est observé et figé par la photographie, dans le calme des objets apparemment abandonnés, dans les espaces vides et sans usage : l’arrière de petites usines, les places de parc des dépôts de stockage, les zones de stationnement ou les terrains vagues. La présence des containers est perçue comme la métaphore d’un monde en mouvement continu, des mètres cubes de paysage en translation ; objets géométriques et normalisés, capables de modifier, comme une tache de couleur, le cadre environnant. Ces « architectures » mobiles disposées de façon apparemment aléatoire, occupent les lieux situés aux abords des frontières, modifient des parties de territoire et interagissent avec le paysage environnant pour des périodes plus ou moins brèves.

Les photographies présentées témoignent d’un passé récent et font partie d’une plus ample recherche le long des frontières de l’Union européenne (la frontière italo-slovène a cessé ses fonctions le 21 décembre 2007 à minuit, la frontière italo-suisse, quant à elle, a été récemment modifiée par les accords bilatéraux signés par l’union européenne et la Suisse). Elles figent le paysage et le statisme des remorques dans les zones frontalières et invitent à « une observation lente et réfléchie sur les lieux » [9] selon la conviction que « la réalité est plus riche que l’imagination » [10]. "La frontière en tant que telle ne peut plus se considérer comme une réalité homogène" [11] et doit être, par conséquent, continuellement remise en question.


Exposition

les photographies de la série frontières invisibles ont été présentées à Barcelone, lors de l’exposition Post-it City, Ciutats Ocasionals, au CCCB du 12 mars au 26 mai 2008, et à Lille, pour l’exposition L’Europe XXL au Tri Postal, du 14 mars au 12 juillet 2009.


Licence

"les frontières invisibles" photographies et texte de Isabella Sassi (2009) est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d’Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France.


Remerciements

Irena Pavlovic pour la traduction française du texte.


Notes

[1] Michel Foucher, Fronteras y geopolitica, in Fronteres, Barcelona, CCCB, 2007, p. 180. “Attraversare la frontiera, guardare più in là, vuol dire assumersi il rischio di avventurarsi in un continente straniero, confrontarsi con un orizzonte diverso, sorprendersi con visi sconosciuti e scoprirsi senza casa, senza identità o, per lo meno, messi in discussione”, trad. it. a cura di Isabella Sassi, trad. fr. Aurore Dudevant

[2] Stefano Boeri, in “Domus”, 2004, n. 872.

[3] Pietro Zanini, Significati del confine. I limiti naturali, storici, mentali, Milano, Bruno Mondadori, 1997, p. XIV.

[4] affirmation de Guido Guidi, tratta da La fotografia alla ricerca delle tracce della realtà urbana, conversazione di Giorgio Conti con Guido Guidi, in “Urbanistica”, 1995, n. 105, pp. 43-45

[5] Paolo Costantini, Identificazione di un paesaggio, in Paolo Costantini, Silvio Fuso, Sandro Mescola (a cura di), Nuovo paesaggio americano. Dialectical Landscapes, Electa, Milano, 1987, p. 12

[6] Ibid, p.12

[7] Tiziana Serena (a cura di), Spazio merci, Silvana Editoriale, Milano, 2002.

[8] Eleonora Fiorani, I panorami del contemporaneo, Milano, Lupetti - Editori di Comunicazione, 2005, p. 9.

[9] Roberta Valtorta, Fotografia e committenza pubblica, in “Casabella”, settembre 1989, n. 560, pp. 41-44

[10] affirmation de Guido Guidi, tratta da La fotografia alla ricerca delle tracce della realtà urbana, conversazione di Giorgio Conti con Guido Guidi, in “Urbanistica”, 1995, n. 105, pp. 46

[11] Pietro Zanini, Significati del confine. I limiti naturali, storici, mentali, Milano, Bruno Mondadori, 1997, p. 110

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